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En mer en hiver : les dauphins justifient les moyens !
Bien occupés par nos données des deux derniers étés, l’automne passa en coup de vent, et le début d’hiver prit le même chemin. Pour la fin d’hiver, en revanche, nous avions idéalement des plans, et au milieu du travail de bureau nous rafraîchissions fréquemment les prévisions météo.
En effet, compte-tenu de la temporalité des captures accidentelles de petits cétacés dans le Golfe de Gascogne, maximales en hiver, il était intéressant d’essayer de sortir en mer ces mois-ci. D’une part pour, par acquis de conscience, s’assurer que les Dauphins communs sont, au contraire de l’été, bien présents sur le plateau central en hiver, et d’autre part pour observer leurs activités et comportements à cet endroit et cette période, à la recherche d’éventuelles pistes vis-à-vis de la problématique des captures.
Disposés plusieurs semaines en astreinte en attendant une météo favorable, nous n’étions pas loin de désespérer. Les vigilances jaunes, oranges, rouges, se succèdent, le mois de février est très mouvementé et les prénoms de tempêtes semblent entreprendre de faire le tour de l’alphabet. Jusqu’à ce qu’enfin, courant mars, une fenêtre météo propice s’ouvre, joie.

Malheureusement conscients que cette bonne fenêtre ne nous offrira que quelques jours, nous prévoyons un rectangle permettant d’échantillonner successivement plusieurs habitats.
La première partie de notre navigation, en habitats côtiers, sera peu animée en cétacés. Un petit peu de Delphinus tout de même, mais pas trace de marsouins. Quelques bancs de brume passeront facétieusement, mais heureusement se dissiperont assez vite ; l’échantillonnage acoustique est dans ces cas d’autant plus intéressant mais l’hydrophone ne nous révèlera aucune présence intéressante.

Mais quoique les cétacés ne se bousculent pas, on ne peut pas pour autant dire que ces eaux sont vides, loin de là ! Débutant avec quelques plongeons, sternes et mouettes, l’avifaune, comme souvent en hiver dans le Golfe de Gascogne, est très présente. Les champions locaux sont sans conteste les Guillemots de Troïl, mais les petits Pingouins torda sont également présents en nombres honorables. Rien que sur la première journée de prospection, nous comptons plus de 900 guillemots et plus de 200 pingouins. Ils sont d’ailleurs parfois ensemble et les différencier à distance peut être difficile, d’autant plus que nous ne voulons pas fixer trop notre regard ou nos jumelles sur ces beaux oiseaux, afin de ne pas risquer de perdre en efficacité sur la détection des cétacés ; et dans ces cas, la dénomination « alcidé indéterminé » nous suffira !

Arrivés un peu plus au large, aux alentours de l’isobathe 50 m, enfin, ça commence à s’activer un petit peu au niveau cétologique. Les observations de Dauphins communs se succèdent, mais tous ne font pas la même chose : si certains semblent, d’après leurs comportements de surface et leurs vocalises, être en repos, d’autres sont en phase de prédation. Même parmi ces derniers, ils semblent souvent assez intéressés par Anacaona, avec plusieurs animaux approchant ou venant nous accompagner à l’étrave.

La prospection acoustique nocturne et les observations associées sont également instructives, et permettent d’approximer une partie de l’activité des Dauphins communs qui nous environnent.

Certains sifflent, certains écholocalisent, certains capturent des proies, … Certains continuent à nous tenir compagnie à l’étrave, aussi, de manière d’ailleurs peut-être intéressée : il n’est pas rare qu’ils nous quittent quelques secondes pour aller chasser dans un banc de poissons épipélagiques à quelques mètres, puis qu’ils reviennent nous accompagner.
Toutes ces observations instructives se joignent à celle, évidente, de la richesse hivernale en Delphinus de la zone du plateau central, bien différente du vaste vide estival dont nous vous avions déjà parlé précédemment.

Les eaux vertes et productives semblent ravir toute la chaine alimentaire. Ce qui est peut-être d’ailleurs moins le cas des eaux carrément boueuses des zones côtières et particulièrement de l’estuaire de la Gironde.

C’est également une des différences majeures entre les hivers pluvieux et les étés plus secs : le liquide proche du rivage s’apparente en ce moment plus à du café au lait qu’à de l’eau.

Simple coïncidence ou réel lien causal, nous ne trouverons que peu d’animaux dans ces eaux troubles… Sûrement un bon habitat pour des dauphins de l’Amazone, ceci dit !

La fenêtre météo ne tardera pas à se refermer, un nouveau coup de vent d’Ouest se relevant, et nous devrons clôturer cette courte prospection hivernale… des données intéressantes récoltées sur les Delphinus dans des conditions où rien n’était gagné d’avance, avec tout de même plus de 300 kilomètres de prospection en effort, mais un petit soupçon de déception pour les marsouins, quand même, qui nous avaient habitué à être davantage présents en hiver… mais peut-être avions nous épuisé tout notre « crédit en marsouins » l’été dernier ! Nous reprenons le chemin du bureau avec une belle nouvelle dose de pain sur la planche, en attendant le prochain épisode… et en attendant déjà bientôt l’arrivée du congrès de l’European Cetacean Society, qui aura lieu fin avril en Écosse et où nous présenterons deux communications : à suivre !
*Réponse : une fois qu’il avait sorti la tête de l’eau, c’était un Guillemot !